Hook

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On est en 1990 à Berlin et au détour d'une soirée techno, un designer et un ingénieur se rencontrent et trouvent une idée commune. Combiner des images satellites, des photos aériennes et des données de relief pour créer une terre 3D navigable en temps réel. Ils créent rapidement leur boîte ART+COM. Ils essaient de voir si c'est possible de le faire, ils font une première version et pour le coup, c'est super quali. En fait, ils sont allés beaucoup plus loin dans leur idée de base. Au départ, c'était seulement de tourner autour de la Terre et ils se sont rendu compte que si on pouvait zoomer, ça pouvait être incroyable. Ils ont créé un système qui permettait de découper la terre en tuiles. Le principe est que si on est très loin de la Terre, soit dézoomer, on n'a pas besoin d'avoir énormément de détails, donc une qualité assez basse. Mais plus on zoome sur la terre et plus on a besoin d'avoir des détails et c'est là où leur nouveau système était super intéressant. Plus tu zoomais et plus ça redéfinissait la qualité du globe. Si tu veux une vue seulement de Paris, pourquoi regarder tout le reste ? Ils effaçaient tout ce qu'il y avait autour et ils gardaient seulement l'essentiel de ce que tu voulais voir, ce qui permettait une économie d'énergie et de calcul énorme. Car à l'époque, ça coûtait super cher de faire tourner des ordis aussi puissants. C'est pour ça qu'ils ont collaboré avec Silicon Graphics pour leur fournir les machines. Sauf que Silicon Graphics, ils ont senti le truc. Quand ils ont découvert ce qu'ils étaient en train de faire, ils se sont dit : "Bah en fait, on va mettre directement ça en démo sur notre PC". C'est en 1994 que le grand public va faire la découverte de Téravision. C'est à Kyoto au Japon lors de la grande conférence de l'Union Internationale des Télécommunications et il se démarque complètement avec une installation qui est pour l'époque assez lunaire. On pouvait piloter le globe terrestre 3D avec un globe physique et zoomer directement avec une sorte de souris un peu 3D. Il y avait aussi un écran tactile, faut pas l'oublier, on est en 1994. Tellement que l'effervescence est énorme, beaucoup de personnes veulent collaborer avec eux, surtout un américain, Michael Jones. Il veut créer une sorte de filiale américaine à l'entreprise allemande pour permettre d'utiliser leur système sur le territoire américain. Ils appellent ça Intrinsic Graphics et c'est à partir de ce moment-là qu'ils vont commencer à perdre leur techno. Ce Mister Jones va littéralement voler la techno pour essayer de la revendre à Google. Ça a marché. Google le sente bien et se disent que c'est la techno du futur. Ils appelleront ça Google Earth. Les Allemands sont dévastés, ils ne sont pas du tout crédités et ils toucheront rien de cet accord. Et tout ça, ça se fait entre 2001 et 2004. ART+COM qui a créé cette techno-là au départ, attend quand même 10 ans pour porter plainte. On est en 2014, ils attaquent enfin Google en justice, invoquant un brevet datant de 1995 qui est une méthode de représentation picturale de données spatiales censé couvrir le principe même de Google Earth. Après plusieurs années à se battre, ART+COM perd, mais Google gagne. Google Earth n'est pas jugé comme une contrefaçon par rapport au brevet de Terravision. C'était l'idée d'une vie ou plutôt à un milliard de dollars qui est parti en fumée. Terravision n'existe plus du tout et ART+COM s'est transformé en studio de création. Il crée des expositions immersives ou encore des musées augmentés. Tu veux en savoir plus, il y a une mini-série sur Netflix qui parle de ça, ça s'appelle "The Billion Dollar Code".